Depuis mi-septembre se produit sur le littoral et à l’intérieur des terres un phénomène remarquable. Des milliers d’oiseaux forestiers arrivent en masse dans notre région. L’espèce la plus visible est sans nul doute le geai des chênes. Le samedi 27 septembre, plus de 300 geais ont été comptés au point de vue du Parc du Marquenterre et autant au Banc de l’Ilette ! Dimanche, les effectifs étaient mêmes supérieurs. Ce corvidé aux ailes rondes et au vol malhabile se déplace en vol à la queue leu leu longeant les digues buissonnantes du polder. La majorité se rabat sur la forêt de résineux en évitant de survoler l’estuaire de la Somme. Trop dangereux pour ce corvidé qui serait alors une proie aisée pour une femelle d’épervier ou un faucon pèlerin.
Geai des chênes (Benoît HOURDE)
Des sitelles torchepot portant plutôt casanières sont aussi en ce moment notées en migration, notamment des juvéniles. Mais une des espèces les plus nombreuses restent la mésange noire. Poids plume de 6 à 7 grammes elle se déplace dans les conifères du littoral par milliers. Ces mésanges viennent des forêts baltes.
Mésange noire (Yann DUPONT)
Ce qui est étrange est que depuis des siècles ces invasions qui ont marqué l’esprit des hommes ont des cycles de 8 à 10 ans liés aux aléas de la fructification des arbres. En 2005, une invasion remarquable a déjà eut lieu particulièrement bien suivi sur notre littoral. On sait que le changement climatique, s’il est favorable à la croissance des arbres, ne l’est pas pour leur fructification notamment pour les résineux, bouleaux, aulnes nordiques. Les hivers sans gel persistants et neiges abondantes sont maintenant monnaie courante. Comme c’est souvent le cas, les phénomènes observés localement ne sont que le reflet international de changements et d’évolution bien plus générale. Encore une fois, quel remarquable laboratoire vivant à ciel ouvert que représente la baie de Somme !